For Good
Catherine Le Ferrand, aVoir-aLire, 2 November 2004

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Vertigineuse introspection portée par une actrice en état de grâce

L'argument : Lisa Pearce, jeune journaliste, décide de rencontrer l'homme qui, dix ans auparavant, a violé et tué une de ses amies.

Notre avis : Sur le papier, le sujet est aride. Sur la pellicule, Stuart McKenzie en fait une vertigineuse introspection, au cœur des ambivalences et des fantasmes. Il y a du Grand Méchant Loup, dans ce tueur qui symbolise tout ce que la sexualité a de fascinant et de terrifiant. Mais Lisa est prise au piège de cette terreur, de ce mystère délétère pour lequel Tracy a perdu la vie. Identification, culpabilité, elle affronte le tueur avec un double regard : celui qui cherche à comprendre, qui débusque des traces d'humanité sous le cynisme abject, et l'autre regard, celui de la victime qu'elle aurait pu être, qu'elle aurait dû être, qu'elle est, au bout du compte. "Je suis Tracy", affirme-t-elle au meurtrier, comme pour revendiquer ce qu'elle n'a pas subi. Une agression qui n'a pas eu lieu, mais qui hante, qui habite, qui pervertit le quotidien, au point de devenir l'autre pour entrer dans cette relation paroxystique du bourreau à sa victime. On pense à Egoyan dans cette façon de filmer le silence, de laisser des traces, de dire avec pudeur la culpabilité d'être vivant. On pourra regretter une fin inutilement spectaculaire, elle ne suffit pas pourtant à effacer les moments de grâce installés par Michelle Langstone, bouleversante, et la gravité d'un thème traité avec une immense finesse.

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